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Existe-t-il des ponts entre webperf et accessibilité, et sont-elles compatibles ? Quelles sont les grandes lignes des bonnes pratiques pour une mise en conformité WCAG / RGAA, et en quoi peuvent-elles rejoindre celles de la webperf ? Nous avons échangé avec Jonathan Pansiot, consultant UX et accessibilité pour Temesis qui met en avant la notion d’inclusion commune à ces deux démarches.

Fasterize : Y a-t-il selon vous des points communs entre webperf et accessibilité ?

Jonathan Pansiot : Le principe essentiel de l’accessibilité est le suivant : permettre un accès à l’information, aux données, mais aussi à la production de savoirs et de connaissances, triviales ou non, pour toutes et tous, quel que soient l’équipement et quelles que soient les capacités ou déficiences de l’internaute.

En ce sens, l’accessibilité rejoint la webperf car il s’agit de donner accès à l’information et permettre d’interagir avec celle-ci dans les meilleures dispositions possibles.

Bien que la légèreté ou la vitesse des pages ne soient pas des critères pour l’accessibilité, l’inclusion nous concerne tous⋅tes ! En effet, la webperf tend à gommer les discriminations entre les terminaux les plus rapides et puissants (les plus chers) et ceux qui le sont moins ; l’accessibilité tend, quant à elle, à supprimer les discriminations entre les individus en incluant ceux qui sont porteurs de handicap.

Fasterize : En quoi ces techniques peuvent être compatibles ? Est-ce qu’il y a des incompatibilités ?

J. P. : Dans la très grande majorité des cas, les techniques d’accessibilité et de webperf sont compatibles. Il peut toutefois arriver que des implémentations de lazyloading gênent la mise en œuvre de l’accessibilité. Nous avons constaté ce cas sur une application native, sur laquelle il était prévu de ne charger que les 3 premiers éléments d’une liste de produits, puis de charger le reste onscroll. Malheureusement, pour les utilisateur.rice.s de synthèse vocale ou qui naviguent au clavier, il était impossible d’accéder aux nouveaux contenus chargés.

Nous avons aussi rencontré des sprites qui n’étaient pas correctement repositionnés lors de zoom texte.  Néanmoins, ça ne rend pas les deux techniques incompatibles dans l’absolu car tout ceci est “réparable” ! 

Fasterize : En tant qu’expert accessibilité, comment envisagez-vous la webperf ? Est-ce une contrainte ou plutôt un prolongement de vos actions ?

J.P. : La webperf avec l’accessibilité font partie du socle minimal attendu par l’internaute. Vous connaissez peut-être la pyramide de Maslow qui hiérarchise les besoins et les attentes. Eh bien ma vision est que l’accessibilité, la webperf et les bonnes pratiques en termes de qualité web (telles que définies par Opquast, par exemple) constituent le socle de cette pyramide. Ces besoins sont primordiaux pour l’expérience utilisateur (UX) !
Vous pouvez faire le site le mieux conçu du monde avec un design harmonieux et exécuté soigneusement, s’il met 5 s à s’afficher c’est perdu ! Et s’il n’est pas accessible, c’est perdu aussi. Il faut que les efforts portent sur la totalité de ce socle, à chaque étape de la conception du produit jusqu’au développement, et même pour ses évolutions. Dans le cas contraire, l’UX est dégradée.

Fasterize : Au-delà des aspects techniques, webperf et accessibilité peuvent-elles ou doivent-elles se rejoindre ?

J. P. : En théorie elles le peuvent, mais il peut y avoir des difficultés ou des écueils en pratique. Voici un cas concret : alors que l’ouragan Irma frappait en 2017, CNN a lancé le site lite.cnn.com. C’est un site qui n’a pas d’images, avec des pages allégées qui se chargent très rapidement pour faciliter l’accès à l’information après un désastre naturel, quand les réseaux peuvent être limités ou saturés. Pourtant, le site présente des lacunes sur le plan de l’accessibilité (détournement de balises, éléments non-sémantiques (titre) utilisés comme titres, absence de landmark...). Ainsi, alors que le projet est de donner accès à l’information malgré le fait que le ciel nous est tombé sur la tête, il faut néanmoins être valide pour obtenir des informations qui peuvent être vitales. L’intention est louable, mais l’initiative n’est pas totalement aboutie.

Il n’en reste pas moins que l’accessibilité et la webperf sont complémentaires dans le sens où elles plébiscitent un ensemble de bonnes pratiques tournées vers l’éthique et l’inclusivité - dans sa dimension matérielle pour la webperf et sociale pour l’accessibilité.

Fasterize : L’application des bonnes pratiques webperf peut-elle selon vous contribuer à rendre un site plus accessible ?

J. P. : A mon sens, ce n’est pas le métier des expert⋅e⋅s webperf de rendre un site conforme WCAG / RGAA. Toutefois, je remarque que maintenant certains outils d’analyse webperf proposent d’automatiser l’application des bonnes pratiques pour l’accessibilité. Aussi, certains critères de la version 1.0 des Web Content Accessibility Guidelines (WCAG) - dits de robustesse - avaient été pensés en cas de rupture du chargement des JS, ainsi que des techniques de développement basées sur l’amélioration progressive (progressive enhancement) et la dégradation harmonieuse (graceful degradation). Ces directives sont issues en grande partie de réflexions communes autour de l’accessibilité et de la webperf.

En conclusion, je dirais que la webperf permet d’optimiser l’accès physique aux informations, l’accessibilité prenant ensuite le relai pour assurer un accès universel. Et toutes deux permettent d’aller vers une démarche orientée vers l’écoconception, l’éthique, et l’économie de moyens et d’énergie en faveur de l’accès (au sens “accessibilité”, et pas seulement “rapidité”) et du partage d’informations et de savoirs.

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